Promenade en vélo aux Iles Borromée Jean Meunier (1890 - 1974)
Plaques sur verre autochromes (stéréoscopiques)
Vidéo en cliquant sur l'affiche ci-dessous
Jean Meunier naît en 1890 dans une famille typique de la petite bourgeoisie (1) de cette époque. Son père est commerçant en toiles ; sa mère, Marie Charpe, règne en maîtresse femme sur la "maison". En 1903 décès de son frère François Marie Gabriel (11 ans), affectera beaucoup la famille. Ainsi pendant la guerre de 1914, prétextant d'une maladie de coeur, sa mère réussit à installer Jean à Béziers, loin du front; il joue du piano et regarde le monde.
Après la guerre il entreprend - contre son gré - des études de droit. Fasciné par les premiers pas de la photographie, il monte au contraire un « laboratoire » - vaste capharnaüm - dans la villa de Lentilly, où il développe ses premiers autochromes. Cette époque est faite d’observations de la lumière (couchers de soleil sur la Saône ), attirance pour des recherches sur les diverses techniques de tirage de l'époque (gomme bichromatée, charbon).
Le professorat l'attire. En 1925 au collège de Bourgoin et prend de nombreux clichés d’élèves et de professeurs. Nommé professeur d'anglais au Lycée Lalande (Bourg en Bresse de 1928 à 1948). Il organise des sorties avec ses élèves (2) en montagne surtout. C’est le deuxième âge de l’approche photographique de Jean Meunier.
Il fonde la Société de Photographie de Bourg en Bresse.
En ces années de crise il s’intéresse aux petites gens (enfants des rues, "petits métiers"…) et aux lieux de simplicité. A cette époque il se lie d'une amitié sans faille avec des personnalités hors pair, comme Jean Lanaud, André Bozonnet et Charles Antonin.
Ce sera l'époque bénie des "trois mousquetaires". Jean parcourt la France et quelques pays européens, accumulant des milliers de clichés stéréoscopiques sur verre (ascension du Mont Blanc avec un matériel lourd, Corse, Angleterre, Italie). Pendant la guerre, avec ses « copains des hautes cimes », il soutient la Résistance, ce qui lui vaudra d'être fiché par Vichy et muté loin de sa famille à Saint Chamond pendant quelques années.
A sa retraite de l'enseignement (1958), il "monte" un magasin de photographie à Tassin-la- demi-Lune ; le format 24x36 fait des ravages; les polaroïd, les flash jetables et autres "boites à savon " (cf clic-clac, merci Kodak) déferleront peu après... La grande époque des tirages "à l'ancienne" est belle et bien finie.
Parallèlement aux tirages "classiques" (papier albuminé et plaques de verre au nitrate d'argent), Jean Meunier adore "cuisiner" des tirages à la gomme arabique ou au charbon, sensibilisés au bichromate de potasse ou autres produits
Une drague sur la Saône près de Neuville. Technique : gomme bichromatée 13x18
L'antre de Nostradamus ?
Simplement le laboratoire de Jean Meunier à Neuville S / Saône, 1920
Penzance (GB, Cornouailles) 1936 Gomme bichromatée30x40
Un dimanche en forêt de Seillon (près Bourg en Bresse) ; 1942. Gomme bichromatée
Lac du Bourget, abbaye de Hautecombe ; 1930 Gomme bichromatée 20x30
Albigny sur Saöne 1929 Tirage au charbon
Albigny sur Saöne 1929 Tirage au bichromate de potasse 13x18
Penzance (Cornouailles en GB) 1936 tirage au charbon 13x18
Lac de montagne 1930 gomme bichromatée 30x40
Mordu de camping simple, de ballades en montagne, le 21 Mai 1974 il s'en va discrètement, après une dernière ballade à vélo. En voyant une petite cabane perdue en forêt, il disait invariablement: "la demeure du Sage".
Peu respectueux des convenances, d’ordre et de programmation, plutôt attiré par le vécu que la technique, il a souvent « cuisiné » dans son bouclard des tirages où la nuit, un contre-jour ou la lune font rêver longtemps. On l’appelait « l’Ours photographe ».
G.M. mai 2011
(1) En 1965 Pierre Bourdieu ne disait-il pas « la photographie ? un art petits bourgeois »
(2) Ses élèves – en classe ou en cour de récréation – l’ont souvent inspiré.
Une récréation au collège de Bourgoin 1927